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Institute for Research in Social Sciences and Politics

Caraïbes mes terres

Par Shallale Figaro

Perdu dans un coin des Caraïbes, Sainte Lucie se loge au sud de la Martinique, c’est une île de végétation généreuse et luxuriante et de climat tempéré par les alizes du nord. On l’appelle l’île endormie en faisant référence aux Pitons, volcans endormis depuis des milliers d’années. Elle fait partie des petites Antilles et semble se blottir sous un chaud soleil entre forêts et plages.

La vue aérienne est superbe, bordée d’imposantes villas colorées. L'aéroport George Charles, bondée, me donne la bienvenue sous une fine pluie de novembre. Il semblerait que les Caraïbes sont à un rendez-vous muettement convoqué: Grenade, Tortola, St Vincent et Grenadines, Antigua, la Jamaïque et tant d’autre encore. Si l’idée de voyager en novembre était pour éviter trop de touriste, elle est ratée.

Apres être dignement reçue par l’immigration, j’ouvre la porte qui donne sur la liberté. Je me sens déjà mieux après ce chaotique voyage d’où j’arrive depuis Trinité qui ne m’a laissé qu’un goût de sucre amer. J’espère passer de meilleurs moments que ceux vécus å Port D’Espagne.

Dehors, je frette un taxi qui semblait déjà m’attendre. Je m’installe confortablement, étant embarrassée que d’un léger sac de voyage. Comme a Trinité, ils conduisent sur la gauche et leur volant est sur la droite. Cependant, à différence de cette dernière, Castries est une capitale encombrée. A mon grand étonnement nous nous coinçons dans un embouteillage endiablé durant près de vingt minutes. Eddy, le chauffeur de taxi, qui par la suite s’avèrerait un guide exceptionnel m’informe que passer une heure dans cet enfer est son pain quotidien. Il me parle un peu de Castries, de ses habitants et ses coutumes. Colonisé par des francais dans un temps et des anglais peu après, son indépendance n’a été déclare qu’en 1979. La capitale colorée offre un spectacle inoubliable, il me demande la permission  pour faire un détour par le marché afin que je me baigne un peu dans cette mare de couleur. Permission qui lui est accorde immédiatement me demandant tout de même si ce n’est pas un moyen de se faire quelques dollars de plus. Je ne le regrette pas.

Le marché est un immense bâtiment en fer d’une couleur rouge brique qui a connu de meilleures gloires. Dans les rues adjacentes pullulent marchandes, opportunistes, touristes et pique-poquet. On y trouve un peu de tout. Sous mes yeux fatigués défilent des étalages de vêtements, nourritures, souvenirs, poteries, fruits. La ville est bien réveillée. Cependant elle n’est pas ma destination. Un peu plus d’une heure après, Eddy me laisse devant l’hôtel en ayant soin de me remettre une carte de visite dans le cas ou j’aurais besoin d’un guide. Je le remercie d’un sourire et je m’engouffre dans l’hôtel.

Je ne suis là que pour une nuit car demain je me dirige vers une autre ville, ma destination finale. Je prends une douche très chaude. Une heure plus tard, vêtue de jeans et de tennis, je me dirige vers le centre qui n'est qu’a une quinzaine minute de marche. La population est noire ou métisse. Les habitants parlent un anglais avec l’accent capois, me faisant ainsi bien rire. Ils parlent aussi le créole, un peu différent du nôtre mais encore bien compris, le français y étant inclus.

Mes pas me dirigent à nouveau vers le marché au fer. Je m’arrête de temps à autre pour inspecter les étalages de poteries et souvenirs. Je n’achète rien.

Je trouve un petit resto, plutôt populeux et je prends une table. Je déclare à mon serveur qui ne doit pas avoir plus de dix-huit ans que je ne veux qu’une boisson fraîche. Je voudrais quelques chose de bien typique. Il m’étonne avec un délicieux jus fait à base de végétale et de fruit. Tout en buvant ce délice, je regarde la vie continuer dehors à grand pas. La pluie a cessé.

Mon serveur m’a parlé du Derek Square. Il me dit de prendre un taxi, mais je préfère marcher. Apres avoir consulté ma carte qui devient mon bouclier, je traverse rues et avenues et je vois bientôt le Derek Walcott Square s’imposer devant moi. Derek Walcott a gagné le prix Nobel de Littérature en 1992.  Je passe devant le Saaman tree qui, dit-on, est vieux de plus de 400 ans.

Je me dirige vers la Cathédrale de l’Immaculée Conception où, depuis la porte, chatouille les narines une odeur sucrée. Son intérieur est illuminé de bougies, de fleurs, et d’encens. On aurait dit qu’elle se revêt d’un luxe discret à l’attente de nouveaux mariés. Elle est vide cependant. Pas un fidèle a la vue. Je voudrais prendre quelques photos mais j’hésite. Je me demande si cela est permis et ainsi, je fais le tour et profite pour dire une prière. A ma sortie, je rencontre un prêtre à qui je demande si les clichés sont permis, requête accordée avec un grand sourire. Nous échangeons même quelques mots, et je profite d'un cours instant pour lui parler de cette vieille cathédrale ou il est attaché depuis sa sortie du séminaire au Canada quinze ans plutôt.

Je visite de vieux édifices datant du dix-neuvième siècle. Je passe par le marché de Jeremy Street, la bibliothèque nationale, le Caribelle batik ou est travaillé de fameux patchwork sur tissu. Je passe le Rain, une ”high-class restaurant” logé dans un ancien building en bois. Je continue, avide d’histoire et de musée, ne m’arrêtant qu’au vieux port où je profite pour manger un morceau dans un resto improvisé sur un trottoir. Je me gave d’un poulet sauté au poivre et bien pimenté, des pommes de terre au four, et d’une salade de choucroute verte. Je m’offre même une coupe de vin aigre et trop corse à mon goût. En payant la note je demande au serveur où je pourrais trouver un taxi, très sollicité. Il est de retour à peine dix minutes plus tard: mon taxi est là. Il m’accompagne jusqu’a la porte du resto. Dehors m’attend Eddy, qui m’apprend qu’il est cousin germain de mon serveur.

Je suis à nouveau sous la douche que je laisse couler pendant longtemps. Je me mets au lit rapidement. La journée a été longue. La nuit sera courte. J'avais à peine fermé les yeux que mon téléphone sonne. C’est la réception qui m’informe qu’Eddy est à la porte de l’hôtel. Il m’attend. Il est déjà six heures du matin. Il me laisse à l’aéroport ou il promet d’être au rendez-vous dans huit jours à mon retour a Castries. Je lui fais adieu de la main et je m’engouffre vers la porte. J’arrive juste à temps.

Quinze minutes plus tard, l’avion se perd dans les hauts nuages qui couvrent la capitale. Il pleut à nouveau mais peu m’importe car je suis en route pour la ville de Vieux Fort seconde en importance de Sainte Lucie.

Bientôt l’hôtesse annonce l’arrivée à l’aéroport Hewanorra. Je regarde par la fenêtre. Le ciel est très bleu. La journée sera belle. Sur les premières marches de l’avion, le soleil me frappe en plein visage. J’enfile mon sac au dos et mes lunettes de soleil et d’un pas ferme, je m’apprête à passer de merveilleuses vacances.