Breakfast Au Jackson
Par Bel-Ami Jean-Baptiste de Montreux
Ô toi que j'eusse aimée, ô toi qui le savais!
Charles Beaudelaire
Dans la soierie du Futon
dans ta petite pièce au Jackson
on était là
toi et moi
sans masque
déambulant dans l’elixir
des noces clandestines
la lame distraite d’une lampe orientale
tatouait de grimoires
ta peau arménienne soupoudrée de Cool Water
les grammes de ta chevelure
tombaient en lianes bistre
sur la trapèze de ton épaule
On se peignait de perles et de caresses
de baisers et de pluies plénières
des chauds parfums pétulaient de la braise de ton être
Kisoula!
Madone du Moyen Orient
en offrande sur le marbre souverain
des amours consommées
tu ne manquais d’essor
et de saccades
toi à la vigne épanouissante
et moi assoiffé
le diadème et la toison en essor
me désaltérant dans tes calices
Et au fil des langoureuses minutes
mes doigts s’attachaient aux barres molles
de ta chair gréee d’images
je pleurais l’éternel dévouement
sur les doux caucasses de tes seins
jamais
jamais avant Ma Tendre Amie
ne t’ai-je vue si belle!
O! Je t’ai tant aimée
tu le savais
une nuée de sueurs
ruisselait de ta nuque
ton Âme en filigrane
balbutiait des chapitres de ses livrets
l’émotivité des confessions et des serments
se vissait sur les ardoises de mon âme-soeur
entre l’orgueil et le désir
le diaphragme de la prunelle
de tes grands yeux étaminés s’est baissé
et l’amalgame tragique de ton odyssée
s’est défilé en pans brouillés:
les poignards de Nagorno-Karabakh
la persécution musulmane
cette révolution paradoxe
les courroux de l’errance
l’Exil...
les heures se sont égrenées
en chapelet paresseux
de l’après-midi aux manteaux du crépuscule
un arraisonnement de pas tristement
s’est dissipé dans les couloirs de laine
un chien a jappé
l’écho frelaté d’une quartette
soufflait sa trompette et son saxo nasillards
ses syllabes et ses cymbales désynchronisées
des filaments de facéties en russe
des voisins soûlés se sont élevées
en staccatos évanouissants
dans les cales des vêpres conquérantes
des quignons de lumières entraient
des fentes des persiennes
et esquissaient des rébus
sur les cartes sibyllines éparpillées
une inflorescence de corolles préservées
supputait l‘ambiance sourde
de la chambre somnanbule
puis les mèches nocturnes
se sont detressées dans les miroirs
du jour de levain rougissant
on était pourtant encore là
dans la soierie froissée du Futon
mariés dans l’orgie singulière des destins-jumeaux

