En guise de préface
Par Hyppolite Pierre
Je me place au bout d’une longue journée.
La rue déserte, les lumières pâles, je traverse mon âme aux pas de mon pays,
Mes amours de jeunesse, mes rêves si nombreux.
Il y a tant d’élégance dans ma voix de jeune homme,
Et je souris toujours,
Le jour, tout comme la nuit.
Je me moque assez de mon existence,
Pour ne point avoir peur de rien,
Quand j’ai tant peur.
Je fais aussi des trouvailles dans les rues populeuses.
En Haïti par exemple, le marchand de fresco porte son chapeau tout de travers,
Essayant de plaire à un de ses beaux loas.
Un peuple dans sa fierté a souvent dans son âme plus de rêves, d’espoir,
Que le plus grand scientiste.
Notre peuple, à nous ne connaît de limites;
Il va si loin dans ses pensées.
J’ai peur de dire que mon peuple est bon enfant.
Je préfère dire qu’il a la maturité d’un vieillard,
Au bout de ses beaux jours,
Qui a connu des lieux,
Des amours,
Du bon vin.
Mais aussi il a le coeur puéril,
Car son imagination est aussi féconde que celle d’un enfant.
Il rumine ses rêves, ne les rend point réel.
C’est comme un cheval de bois qui ne saurait se metter à galoper.
De ça, je n’en ai jamais vu.
Je crois dans une lutte qui se restreint à la victoire.
C’est l’agenda primordial, de toutes façons.
On ne s’exprime pas en trois langues à la fois.
Cela sonne arrogant,
Et même stupide, dirais-je.
Lorsqu’on lutte,
On dirige son arme contre un ennemi précis.
On l’accable.
Après quoi, on prend ses armes,
Et c’est tout.
Mais il faut lutter pour gagner la lutte.
Je crois aussi dans la sagesse d’un homme victorieux.
On n’abuse pas de sa victoire,
Tout comme on abuse pas du pouvoir.
Le pouvoir, c’est quelque chose d’animal.
Plus on en abuse, moins on a la confiance des autres,
Et plus on se détruit.
J’ai préféré écrire ceci en guise de préface. J’aime pas qu’on m’analyse.
Demander à quelqu’un d’autre de lire ma poésie et de m’écrire quelques mots,
C’est comme visiter un psychanaliste qui n’a jamais lu Freud.
Que savez-vous de moi, dirais-je, à quiconque?
Maintenant, à vous de traduire ma poésie dans l’espace du temps.

