Haïti
Par Hyppolite Pierre
J’aime quand le jour tombe à six heures le tard alors que le soleil,
Dans un adieu suprême se jette dans la mer
Pour réapparaître demain.
J’aime nos nuits si chaudes à douze heures le soir,
Quand Monsieur Du Freband bandé comme une machette
Pleure la grâce de la bonne
Qu’à midi,
Il piétinait.
J’aime Mademoiselle Rita à neuf heures dans la nuit,
Baisant éperdument Jeannot Lerimasson sur la Place du Champ de Mars,
Après le cinéma.
J’aime Monsieur Lebrun professeur de Français criant,
Tout affolé,
A douze heures le midi:
“A bas cette sale créole”,
Dans un français raté.
J’aime cette luisante négresse au bord de la rivière,
Qui nue comme un cinq kob,
La main frottant le linge montre à notre nature,
Sa chose si touffue.
J’aime au bord de la plage Mademoiselle Sans-Problème,
Espérant à quatorze heures Samedi l’après midi,
Monsieur et son beau zin pour pêcher le poisson.
J’aime voir Maître Tous-Les-Cas à deux heures,
Sous notre soleil,
Traversant le boulevard Jean-Jacques Dessalines,
Revenant du Tribunal qu’il appelle,
l’Abattoir.
J’aime voir ce garçon tout près de l’Aéroport,
Marchant comme Demoiselle en quête du dollar,
Sourire l’étranger en croisière pédéraste.
J’aime voir ce gentleman du vieux Lycée Pétion,
Allant au Poste Marchand dix centimes à la main,
Prendre un Royal-A-Fleurs
Et de l’eau pour dessert.
J’aime mon pays,
Haïti.
J’aime entendre ce bourgeois se dire Républicain,
Au projet politique d’asphalter toutes nos routes,
Pour que ses voitures roulent à grand flot dans la plaine.
J’aime entendre l’Odyssée de nos jeunes paysans,
Qui rament dans un canot
Jusqu’à l’île Floride.
J’aime entendre Gran’n Linda cette vielle
Louve-garou,
Raconter son mari, houngan de feu Lescot.
J’aime entendre Luc Minou ce jeune et beau garçon
De la classe moyenne,
Espérant prochainement son poste de
Ministre.
J’aime l’espoir de ces hommes qui luttent pour Haïti
A un autre visage.
J’aime ces êtres courageux qui fixent le cyclôpe,
Sans trembler,
Sans broncher.
J’aime cette lune nouvelle que déjà j’entrevois,
Eclairant Haïti en un soir de Septembre.
J’aime bien mon pays qui s’appelle Haïti,
Qui s’appelle Haïti.

