La cagoule aqueuse
Par Bel-Ami Jean-Baptiste de Montreux
nuées hurlant nord
s'arrêtent se fortifient
marrons à l'assaut
la sève guerrière
leur cinglant le sang
elles retournent
bourbeuses et hypnotisantes
rampant sous le plancher
du ciel gris-charbon énervé
pour assiéger la maudite ville
et terroriser les mômes-zonards-sans-mères
nuées noircissant
la métropole famélique
aux venelles désertées
les belles-mères vitupèrent
les vagues se cognent
empoignant dans la poix de leurs griffes
les barques démarrées
les écrasant
dans leurs palmes ridées
le chambard du vent
les arbres gémissent
chaque salve de tonnerre
fait vibrer les hauts murs sales de l'église
où les meurt-de-faim de la Croix-Des-Bossales
les sans-aveux de La Saline
prient
s'abritent
et souillent
l'éclair au poignard bleu
griffonne sa satanique géométrie
effrayant les chiens égarés
aux hurlements creux
pluie d'airain fondu
d'acier aigu
pluie d'or d'autel barbelé
toits de fer-blanc criblés
les égouts antiques de la ville
boivent les limons et la sève des mornes
pluie frénétique
pluie perpétuelle
la ville cache
ses bouges
ses affreuses misères
sa honte
ses plaies phtisiques
sous la cagoule aqueuse
une haleine au canicule funeste
flagelle le clocher de Saint-Joseph
patron des kokobé bégayant leur nihilisme
des bacchantes au baratin dévergondé
des orphelins sans verbe aux larmes-de-Job
des pères soûlés au verbe barbant
et des houngan chamanistes
aux évangiles adultères
il pleut
j'ai peur
je suis un enfant sans mère
patinant dans le marécage amer

