Institute for Research in Social Science & Politics - Haiti

Research for Progress

Institute for Research in Social Sciences and Politics

Les débutantes

Par Bel-Ami Jean-Baptiste de Montreux

Le ciel est une prairie bleue
Où pâturent des flocons blancs.
Le chalet coiffé de chaume rouge-ocre
Aux murs blanchis à la chaux
Contraste du vert-d'île
Drapant la colline.
Des cordons blancs,
Des barrettes rouges,
Des chrysanthèmes
Et des tulipes
Ornent leur chevelure noire-de-lampe
Coiffée en longues tresses.
Elles sont vêtues de robes blanches
parées d'effillées,
Ceintures rouges,
Souliers blancs, lacets rouges.

Des sourires frivoles
Trahissent les envies
Maquillant leurs beaux visages créoles.
Les bayadères de mes fantasmes
Vont par-ci par-là
A travers le jardin tropical
Parsemé d'oeillets blancs
De roses rouges
Et de rameaux en éventail.
Elles s'asseyent,
Jambes croisées, provocantes,
Dans des trônes de bambou.
Là, elles chuchotent
Leurs profonds secrets
Et intimes désirs.


Amour sans espoir

Hyppolite Pierre
Princesse de mes yeux tendres,
J'ai cherché ton amour dans le coeur du passé,
Tandis que ma tristesse viellissait mon pauvre âme.

Ma foi dans ton orgueil, tes baisers dont j'en rêve
Ont chatouillé mon corps, perdu dans le lointain.
Je rêve encore de toi, comme seule et unique femme.

Tu me manques comme la pluie, sur la chaleur lugubre
D'un été éternel qui réveille ma tristesse.
Toi seule a su franchir mon âme renfermée.

Princesse de mes yeus tendres,
La savane, dans mes rêves, est synonyme d'espoir.
Je pense encore à toi, femme aux mots élégants.

Toi femme d'une verve sublime, lueur de ma passion,
Je transpire d'espoir, espérant que tes charmes
Réverberont enfin sur mon coeur désolé.


Au nom du père

Par Bel-Ami Jean-Baptiste de Montreux

À Marc de Montreux


dans la lueur d'or de la lampe à kérosène
j'apprenais mes leçons de catéchisme
Papa le front rembruni
rigwaz en main me menaçait

dans la lueur valsante bleue
de la lampe à kérosène
je faisais mes devoirs de calcul.
Papa les muscles gonflés grognait

dans la lueur jaune
de la loupiote fumante
je conjuguais le verbe aimer
Papa lougawou me surveillait

dans la lueur morte de la tètgridap
victime du souffle licencieux de Papa
le fleuve noir au plafond
ébauchait des visages de monstres

l'encrier chaviré jette sa vague de deuil
sur le catéchiste déchiré
Papa tempétueux aux yeux fulminants
battait son expiation

dans le minuit de la chambre
Papa bòkò possédé
frénétiquement trépignait
sur mon jeune cuir balafré


Ecoute

Junior (Hyppolite Pierre)
Ecoute le vent de l’Ouest qui vient et qui s’en va.
Ecoute le chant du coq, ce matin si lointain.

Ecoute la pluie, tomber de mon coeur sur le mât.
Ecoute l’oiseau fébrile et pourtant si malin.

Prête tes oreilles aux ondes si bruissantes la nuit.
Fais attention à l’eau qui coule dans la rivière.

Regarde la mer de loin, à l’heure du midi,
Flirtant avec le ciel à la couleur bleu clair.

Ecoute ce chanteur, riant à plein gosier,
Dansant comme un vieux paon sur la piste montagnarde.

Ouvre grande tes oreilles à cette pluie tombée,
De ce ciel si serein dans la nuit des vieux gardes.

Et tu sauras comment mon coeur t’attend chaque jour,
Et tu me comprendras lorsque la nuit je pleure.

Je t’attend tous les jours, je t’espère toujours.
Je t’aime et je t’espère, pour que heureux je meure.


Je voudrais

 Junior (Hyppolite Pierre)

Je voudrais être chez moi
Et vivre des heures chaudes
Le coeur tout en délire.
Tailler jusqu’aux racines,
Toutes les herbes mortelles.

Je voudrais être chez moi,
En un matin d’hiver
Dans cette sombre Amérique
Qui ne vit que le froid.
Je veux vivre chez moi.

Je voudrais mon pays
Qu’il soit bien un pays,
Et non cette terre blessée
A moitié abîmée,
A moitié soupirante.

Je veux voir mon pays
Et mes frères courageux,
Travailleurs et jouisseurs
Qui les mains sur la pioche,
Construisent rageusement.

Je voudrais que ma terre
Porte le non d’Haïti,
Et non un marché noir
Où s’enrichissent certains.
Haïti, je voudrais.


Les cheveux de Melinda

Par Bel-Ami Jean-Baptiste de Montreux

Pour Mimi
rivière féconde/lames cardinales
encadrement de ton visage de vierge
en bulles cuivrées
le tain du regard de dictame
miroirs verts de la Caraïbe

tiges de cristal rutilantes
pluies aux raies vertigineuses
cascadant sur l'armure rosâtre
de tes fines épaules
où germe l'été du baiser

lièges luxueux
ombres illuminées
filament de banjos de blues New Orléans
cent-vingt mille cors de Tabernacle
concubines du vent giroflé
tu montas l'escalier automatique
cours intarissable métallique
aux étages aux shops
cohue de masques Africains
yeux Ibo/nez Zulu
bouches vertes larges/dents diamants
sagaies roses/pendants d'oreilles jades

girouette sur la lame giroflée
réverbération du soleil
fissures rosâtres
cheveux moirés
fidèles au calcul de l'air artificiel
aveugle forêt pétillant
sous le soleil de mon regard


Les scouts d'Haïti

Par Bel-Ami Jean-Baptiste de Montreux

À Kenol Marasa Antoine
chemises jaunies
chausses en déroute
fichu rouge de grand-mère pour foulard
bas troués
bottes éculées
fierté sans bornes
nous étions pauvres
mais tout de même des chevaliers
on s'assemblait le vendredi soir
la carrure royale
autour du vieil acajou
nos refrains secouaient les ombres
on était—-parbleu
des chevaliers
gardiens du Patrimoine
on rêvait de bannières
d'armures
d'épées
et de croisades
nos refrains
sur l'aile de la fumée du feu de camp
colonisaient les ondes témoins
de nos âmes patriotiques,
de nos essors chevaleresques
de nos espoirs herculéens.


Misty Discothèque

Par Bel-Ami Jean-Baptiste de Montreux

Danse Misty
Danse!
Misty aux lèvres boudées
Misty aux bras multipliés de Bouddha
A la gorge qui pique
Aux vertèbres élastiques
Aux jambes si fines
O Misty si bien tassée

Danse
Misty Tambour
Tes beaux cheveux furieux
Se déploient en pavillon blond
Quand tu tournes
et tournes

Le disco animé
Gronde et nasille
Et tonne
L’éboulement de couples
Suant essoufflant
Saute et chante

My golden Misty
Tu ondules sur les gammes
Du tambour et des pistons
Tu t’abandonnes aux blues
De la bande en pâmoison

J’aime te voir danser
Libellule en transe
Sous les flammes du plafond
Eparpillant l’aquarelle électrique
Sur ton corps oscillant


Pour un bouquet de fleurs

Junior (Hyppolite Pierre)
Pour un bouquet de fleurs que tu m’avais offertes,
J’ai pleuré à tes pieds quand tu m’avais laissé.
Pour ces roses cueillis tout près de la rivière,
Toutes les larmes du monde, pour toi j’ai dû versées.

Pour ce bouquet de fleurs à odeur de jasmin,
J’ai écrit tant de choses que je t’en remercie.
Avec ce beau bouquet que tu avais en mains,
Te regardant riant, mes genoux j’ai fléchi.

Quand le matin brillait dans tes yeux si joyeux,
Le soir je m’admirais dans mon miroir, pleurant.
Pour la paille ondulante qu’il y a dans ton regard,
J’ôtai de ma poche droite pour mes yeux, un mouchoir.

Pourquoi ce beau bouquet, porté dans ta main droite?
Pourquoi ce doux sourire qui crevait mes chagrins?
Pourquoi tant de blessures sur mon coeur maladroit?
Parce que je ne t’aime, que quand tu pleures sans fin.


Prière au Soleil

Junior (Hyppolite Pierre)
Soleil, toi qui tous les jours brille,
Ecoute ma chanson et réchauffe ma froide vie!

Soleil, cercle si beau dans l’étendue du ciel,
Rends-moi beau pour l’amour!

Soleil, toi élégance, fureur dans un ciel bleu,
Brille au fond de mon coeur pour détruire ses nuages.

Soleil, toi sans lequel il n’y aurait point d’ombre,
Sois lumière chez moi, pour que je devienne ombre.

Soleil d’un jour d’été, sauve-moi de l’hiver!
Soleil, je me sens triste.

Rien qu’une bouffée de toi et je serai heureux.
Soleil mon frère soleil, rends-moi beau pour l’amour.


Rappeles-toi ton pays

Junior (Hyppolite Pierre)
Rappeles-toi ton pays et ses femmes capricieuses.
Souviens-toi de ses fleurs qu’on appelle fleur-soleil.

N’oublie jamais cette pipe d’une bouche asphyxiante
qui suinte sans pudeur une fumée étouffante.

Ouvre toujours tes yeux noirs dans tes rêves nocturnes,
Sur un jour de chez toi, radieux de soleil.

Essaie toujours cher frère, à chaque pas que tu fais,
D’entendre ce son creux de ton sol natal.

Quand tu respires le froid de ce pays glacial,
Souviens-toi de l’été de ta terre chérie.

Quand dans l’ombre tu respires la glace de ces hommes,
Rappeles-toi ton pays, il t’attend jour et nuit.


Tu es comme mon pays

Junior (Hyppolite Pierre)

Tu es comme mon pays,
Martyr, faiblesse, tristesse.

Comme ma terre tu es,
Ombre de tout sadique.

Comme mon pays tu vis,
Comptant le sou des autres.

Tu es comme mon pays,
Martyr, faiblesse, tristesse.

Comme ma mère tu es,
Mon pays de toujours.

A mes pleures tu ressembles,
Une désoeuvrée sans vie.

Comme mon pays tu es,
Un héritage blessé.

Tu es comme mon pays,
Martyr, faiblesse, tristesse.

Tu es comme mes frères,
Tu parles comme une pie.

Tu es comme mon pays,
Trop vite tu oublies.

Tu es comme mon pays,
Martyr, faiblesse, tristesse.

501(c)(3) Non-profit Organization

Support IRSP

Get the IRSP Alert


Photo1Cover

Haiti, Rising Flames from Burning Ashes: Haiti the Phoenix — By Hyppolite Pierre. $49.00, Paper, ISBN 0-7618-3369-2, University Press, 390pp, 2006
Add to Cart
Book Reviews

Poetry